L’heure des associations dans la recherche sur la famille (Conférence de Family Platform, Bruxelles, 4-5 novembre 2010)
Nous avons déjà informé sur le vaste projet de la Commission européenne Family platform, qui confère à la famille de nouvelles lettres de noblesse à l’intérieur de l’UE : voir entre autres Family platform : « Research on families and family policies in Europe » , conférence de Lisbonne 26-28 mai 2010, et Family Platform – Journée d’information organisée par la COFACE , 2 mars 2010.
C’est en effet la première fois que l’UE prend la famille comme objet de recherche, et qui plus est, en y dédiant des fonds importants. Pour rappel, 9 universités et 3 associations travaillent ensemble à mettre en évidence les aspects de la famille qui devraient être mieux étudiés pour fonder des politiques familiales pertinentes. Les 4 et 5 novembres ces organismes se réunissaient à Bruxelles avec des représentants d’associations de toute l’Europe pour réaliser une analyse critique des travaux menés jusqu’à maintenant.
Etude prospective de la famille
L’étude la plus originale consistait problablement à imaginer en 2035 la vie de différents modèles de famille placés dans des circonstances variées, pour voir à quels défis ils devraient faire face dans vingt-cinq ans. Pour la surprise des chercheurs, les problèmes restaient en gros les mêmes que pour les familles de 2010, comme l’a exposé Anne-Claire de Liedekerke, présidente du Mouvement Mondial des Mères Europe.
Les propositions de domaines de recherche se regroupent autour d’axes comme les cyles de vie et les transitions qu’ils comprennent – vers l’âge adulte, la parentalité, la pension …, les changements démographiques, la prise en charge des membres les plus faibles, l’immigration… La dernière mission des acteurs du projet consistera à choisir dans les prochains mois, dans cet ensemble foisonnant, les thèmes précis d’investigation à proposer à la Commission.
Family mainstreaming et étude d’impact
La participation de nombreuses associations a mis en évidence la diversité des points de vue, ainsi que l’intérêt des universités pour les nouvelles formes de famille ou les cas exceptionnels : patchwork family, rainbow family… et bien d’autres. Beaucoup d’organisations – comme la nôtre – ont insisté pour qu’il soit fait plus d’attention à la famille dite nucléaire, comprenant en général parents et enfants, pour la consolider et lui faciliter la vie.
Plusieurs voix ont réclamé – comme le fait avec persévérance la COFACE – l’adoption du « family mainstreaming », comme il existe un gender mainstreaming : autrement dit, l’obligation, avant de prendre une décision politique dans quelque domaine que ce soit, d’évaluer son influence sur la famille. Dans ce sens, le Gezinsbond et The Family Watch ont réclamé une mesure bien définie : les décideurs politiques devraient réaliser, avant toute décision, une étude de l’impact qu’elle aurait sur la famille. A notre avis il s’agit là de l’une des propositions les plus importantes de ces journées.
Et l’enfant dans tout ça ?
Dès la conférence de Lisbonne au mois de mai, bon nombre de parties prenantes, dont le Forum européen des femmes, ont fait remarquer que c’est l’économie qui est au service de la personne, et non l’inverse. Autrement dit, que le but prioritaire des politiques familiales, c’est de favoriser le développement et le bien-être des membres de la famille, comme l’indique d’ailleurs le sous-titre de Family Platform : « For the wellbeing of families in Europe, today and tomorrow ». Dans ce sens, bon nombre d’interventions ont souligné comme un point clé le développement harmonieux et le bien-être de l’enfant, et la nécessité de prendre en compte l’apport récent des neuro-sciences en la matière ; nous avons beaucoup apprécié le bilan qu’en a fait l’Alliance for Childhood European Network Group, qu’on retrouvera sur notre site sous le lien suivant : WP4 – Conference – Statement – AfCENG
Dans un autre article de ce Forum News, nous faisons aussi écho au risque de pauvreté que fait courir à la femme la rupture du mariage, comme l’a souligné dans son intervention Philippa Taylor, de Care for Europe : voir Family Platform – Statement by Philippa Taylor on behalf of CARE for Europe
Un des facteurs clé pour l’équilibre de l’enfant et de tous les membres de la famille, c’est bien le temps, comme l’a souligné dans une autre présentation la Katholischer Familienverband Österreichs : une problématique qui tient à cœur à nos lecteurs, et qu’il les intéressera de retrouver sous le lien suivant : WP4 – Conference – Statement – KFÖ
Ces voix ont certainement été entendues, au moins en partie. La COFACE, l’une des organisations membres du projet, a publié et distribué à la conférence une brochure intitulée Families- A summary of the situation in Europe today, qui résume les principales conclusions et les débats du projet. Même s’il est impossible, en quelques pages de vulgarisation, de résumer toute l’étendue des recherches et des points de vue, nous avons été heureux de constater que le point de vue de l’enfant y était nettement plus représenté que dans les rapports présentés à Lisbonne en mai dernier.
La coopération entre chercheurs et associations : une initiative à prolonger
Nous avons particulièrement apprécié, tout au long de ce projet, la possibilité qu’il offrait à la société civile, à travers les organisations, de se faire entendre auprès des autorités. La possibilité : car un long chemin reste à parcourir jusqu’à ce que la Commission commandite des recherches favorables à la famille et que s’ensuivent les politiques correspondantes. Nous avons bon espoir que l’UE va continuer à faciliter ce type de collaboration ; c’est ce qu’a laissé entendre en conclusion Pierre Valette, chef de l’Unité de Recherche en sciences économiques, sociales et humaines à la Direction Générale de Recherche de la Commission européenne. Faisant remarquer que les experts se trouvaient aussi dans le camp des associations, et pas seulement au sein des universités, il a encouragé les assistants à profiter des prochains appels d’offre pour présenter des projets similaires à Family Platform. Pères et mères de famille, citoyens courants, nous avons aussi notre mot à dire, avalisé par notre expérience. Faites-nous part de vos réactions et suggestions. De notre côté nous vous tiendrons informés du déroulement de ce projet.
Gabrielle Chabert