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Investir dans la cohésion familiale (Luca Volontè)

Investir dans la cohésion familiale, tel est le projet de Luca Volontè (Italie, groupe PPE), membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Voici, brièvement présenté, le rapport débattu et adopté à l’unanimité le 27 avril 2010 à Strasbourg et intitulé : investir dans la cohésion familiale en tant que facteur de développement en temps de crise.

Ce rapport encourageant promeut une politique prenant en compte chacun des membres de la famille ; d’actualité, il pose de vraies questions et propose des solutions attachées à ce qu’est la réalité familiale et soucieux de la préserver.

La crise économique actuelle a sans aucun doute créé un environnement social généralement défavorable pour la plupart des familles en Europe. L’évolution démographique, la faible natalité, le vieillissement de la population et le taux d’activité croissant des femmes sont quelques-uns des facteurs qui incitent les sociétés à investir dans le capital humain en adoptant des politiques familiales dynamiques.

L’Assemblée  parlementaire reconnaît que la famille constitue une force pour affronter les aléas de la vie et considère la famille comme une ressource essentielle pour la reprise de l’économie, en particulier dans les contextes difficiles et les périodes de changement. Créatrice de richesses, la famille est un facteur de développement. La cohésion de la famille est source d’innombrables valeurs spirituelles et avantages matériels qui sont souvent tenus pour acquis, comme la paix, la stabilité, la cohésion et la solidarité, l’éducation des enfants, les services informels et d’assistance, les soins, la liberté et la responsabilité, le bien-être, l’épargne, la stabilité économique ou la solidarité entre les générations.

Le rapport, qui propose aux Etats membres de réfléchir à différentes mesures concrètes en vue de favoriser la cohésion familiale, est complété par ce qu’on appelle « l’exposé des motifs ». Dans cette partie, que nous conseillons vivement de lire, le rapporteur aborde le cœur de son rapport, c’est-à-dire la cohésion familiale.

En introduction, il rappelle l’importance de la famille pour la société et traite de la question de la restructuration de la famille en Europe, identifiant les changements et nouveaux défis ; il avance quelques prévisions sur le futur de la famille en Europe. Il insiste particulièrement sur l’importance de la qualité des relations familiales, conjugales et parentales, invitant à soutenir le capital social familial.

Un premier chapitre décrit brièvement les différentes voies nationales et l’émergence de nouveaux modèles de politiques familiales, par exemple les modèles suédois, français, russe… Dans ce contexte, le rapporteur traite de la difficulté à observer les effets causaux des politiques sur la vie de famille, tant les facteurs d’influence sont nombreux (politique de l’emploi, mesures fiscales, culture ambiante, etc.).

Il dit également être conscient de nombreux problèmes qui découlent de l’incohérence et des contradictions grandissantes entre les objectifs politiques, par exemple :

–         la contradiction entre les mesures visant à inciter davantage de femmes à participer à la vie active et celles qui cherchent à infléchir la courbe de natalité et à encourager la maternité ;

–         la promotion d’emplois à temps plein comme idéal à atteindre malgré les signes manifestes d’un désir des parents, particulièrement de la mère, de rester à la maison auprès des enfants ; 

–          « la montée d’un workfare » (système d’allocation subordonné à un emploi sur le marché du travail) favorable aux mères mais qui bien qu’elle soit présentée comme « adaptée aux familles » est en fait « adaptée au travail », le principal objectif étant de rendre les mères plus disponibles pour travailler. Ce qui entraîne également le manque de reconnaissance du travail informel ;

–         l’individualisme et le « genderisme » qui, au lieu de « prendre en compte la famille comme un lien social et d’en faire une cible à part entière » ont tendance à considérer l’individu comme étant sans relation, sans lien comme sorti de son contexte réel. Conçus pour respecter le rôle que les théories du genre attribuent à l’homme et à la femme, et marquées par l’individualisme qui en découle, ces dispositifs politiques ne sont pas en mesure d’envisager la famille comme un tout à favoriser et protéger comme tel.

 Un autre chapitre parcourt rapidement l’impact de la crise sur les familles, scrutant les réactions politiques et tirant des leçons du passé.

Au vu de l’état des lieux établi par ces deux chapitres, afin de pallier à ces divers problèmes, le rapporteur « appelle à concevoir une vision différente de la famille […] »,  et consacre un chapitre à « la valeur ajoutée des relations familiales ». « Selon le rapporteur, l’élément déterminant dans une famille est la qualité des relations entre ses membres et entre ces derniers et la société. La façon dont les membres de la famille se conduisent les uns envers les autres, avec ou sans esprit de générosité, confiance, réciprocité, entraide, altruisme, égalité, génère ce que l’on peut appeler la « subjectivité familiale » et influence considérablement l’exercice par la famille de ses fonctions sociales. »  On trouvera dans ce chapitre la description de quatre types de fonctions essentielles « remplies par la famille, et qui intéressent autant ses membres que la société ».  Au cœur de ce développement, des exemples issus de recherches, dont celle du P.Amato et al., Alone Together, Harvard University Press, 2008, démontrent l’importance de la stabilité des liens. En voici quelques-uns :

–         les couples stables ont généralement des revenus plus élevés, sont moins confrontés au risque de pauvreté et accumulent plus de richesses. Ils sont plus heureux, moins sujets à la dépression et au suicide et vivent plus longtemps ;

–         les personnes divorcées jouissent d’un bien-être physique et affectif moindre que les personnes mariées ; la séparation des parents est associée à une série de conséquences néfastes pour les enfants durant l’enfance, l’adolescence et même l’âge adulte ;

–         le mode d’interaction des parents avec leurs enfants (le style de parentalité) et la qualité de leurs relations semblent avoir plus d’importance pour l’épanouissement des enfants qu’une activité professionnelle des femmes entraînant la diminution du temps qu’elles peuvent passer avec eux ;

–         des journées de travail trop longues et le surmenage peuvent concourir à la dégradation de la qualité de la relation et de la parentalité, pour les hommes comme pour les femmes ;

–         à quelques exceptions près, le comportement de l’adolescent, et le niveau éducatif scolaire et la situation professionnelle ultérieurs, sont étroitement liés aux relations nouées durant la petite enfance.

Finalement, Luca Volontè estime que la qualité des relations internes à la famille fait diminue la nécessité de recourir à l’intervention des services publics et sociaux, dont les coûts ne cessent d’augmenter. Mieux vaudrait prévenir que guérir… « C’est pourquoi les politiques publiques ont de plus en plus pour objectif de consolider les familles et d’augmenter le pourcentage d’enfants élevés dans des familles biparentales solides ».

Retrouvez le rapport complet et celui du débat du 27 avril 2010 à Strasbourg en cliquant ici. Vous trouverez également en dernière page du rapport la liste des membres de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille qui ont voté ce projet de résolution le 11 décembre 2009. Nous rappelons que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté le document à l’unanimité le 27 avril 2010.

Colette de Lichtervelde

 

 

 

http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/Doc10/FDOC12103.pdf